
La scie sauteuse figure parmi les outils électroportatifs les plus polyvalents de l’arsenal du bricoleur et du professionnel. Sa capacité à découper une multitude de matériaux avec précision repose essentiellement sur un élément souvent sous-estimé : la lame. Choisir la bonne lame transforme radicalement votre expérience de coupe, passant d’un travail laborieux avec des résultats médiocres à une découpe fluide produisant des finitions impeccables. La différence entre une coupe nette dans du stratifié mélaminé et un bord éclaté disgracieux tient souvent à quelques millimètres de denture et au choix du bon alliage métallique. Comprendre les spécifications techniques des lames permet d’exploiter pleinement les possibilités de votre scie sauteuse, quel que soit le matériau travaillé.
Anatomie et caractéristiques techniques d’une lame de scie sauteuse
Une lame de scie sauteuse se compose de plusieurs éléments distincts qui déterminent ses performances. L’emmanchement constitue la partie supérieure qui s’insère dans le système de fixation de la machine. Le corps de la lame définit sa longueur utile, généralement comprise entre 60 et 180 mm selon les applications. La denture représente la partie active où se situent les dents responsables de la coupe. Chaque zone joue un rôle spécifique dans l’efficacité globale de l’outil.
Les fabricants utilisent souvent des codes couleur pour faciliter l’identification rapide des lames. Bosch, par exemple, applique un système chromatique où le bleu désigne les lames métalliques, le jaune celles pour le bois, le rouge pour le plastique et le vert pour les matériaux de construction. Cette standardisation visuelle simplifie considérablement le choix en atelier ou sur chantier, évitant les erreurs coûteuses en temps et en matériel.
Denture TPI et géométrie des dents : impact sur la qualité de coupe
Le TPI (Teeth Per Inch, ou dents par pouce) constitue l’indicateur fondamental de la finesse d’une lame. Exprimé en nombre de dents sur une longueur de 25,4 mm, ce paramètre influence directement la vitesse et la qualité de coupe. Une lame de 6 TPI présente des dents espacées de 4 mm environ, idéale pour des coupes rapides mais grossières. À l’inverse, une denture de 24 TPI avec un espacement de 1,1 mm produit des finitions extrêmement fines.
La règle fondamentale veut qu’au moins deux à trois dents soient en contact simultané avec le matériau pendant la coupe. Cette condition garantit une progression régulière sans à-coups ni vibrations excessives. Pour une tôle de 2 mm d’épaisseur, une lame inférieure à 18 TPI risquerait de bloquer ou d’arracher le métal plutôt que de le couper proprement. La géométrie des dents varie également : certaines sont affûtées en biseau pour le bois, d’autres présentent un profil ondulé pour le métal, créant un avoyage qui facilite l’évacuation des copeaux.
Emmanchement en T (bosch) versus emmanchement en U : compatibilité avec votre appareil
Deux systèmes de fixation dominent le marché des lames de scie sauteuse. L’emmanchement en T, également appelé queue tronquée, représente aujourd’hui le standard le
plus répandu. Popularisé par Bosch, il équipe aujourd’hui la majorité des scies sauteuses grand public et professionnelles. L’emmanchement en U, reconnaissable à sa forme incurvée, reste présent sur des machines plus anciennes ou certains modèles d’entrée de gamme. Avant d’acheter un lot de lames, vérifiez systématiquement la compatibilité indiquée sur la notice de votre appareil : une lame inadaptée ne pourra tout simplement pas se verrouiller dans le porte-lame, avec un risque évident pour votre sécurité.
De nombreux fabricants ont fait le choix de standardiser leurs scies sauteuses sur la queue en T, capable d’accueillir un vaste assortiment de lames bois, métal, plastique ou matériaux de construction. Quelques marques conservent toutefois des systèmes propriétaires nécessitant des lames spécifiques. Si vous débutez ou renouvelez votre équipement, nous vous recommandons de privilégier une scie sauteuse acceptant au moins les lames à emmanchement en T universelles : vous élargissez ainsi considérablement votre choix de lames spécialisées pour chaque matériau.
Matériaux de fabrication : HCS, HSS, BIM et carbure de tungstène
La composition métallique d’une lame de scie sauteuse conditionne sa dureté, sa souplesse et sa durée de vie. Les lames en HCS (High Carbon Steel, acier au carbone) sont les plus courantes pour le bois tendre, les panneaux de fibres et certains plastiques souples. Relativement souples, elles encaissent bien les courbures mais s’usent plus vite sur des matériaux abrasifs ou très durs. À l’inverse, les lames en HSS (High Speed Steel, acier rapide) sont trempées pour résister aux fortes températures, ce qui en fait le choix privilégié pour la découpe des métaux et de l’aluminium.
Entre ces deux extrêmes, les lames BIM (bi-métal) associent un corps en HCS, flexible, et une denture en HSS, extrêmement résistante. Ce compromis offre une excellente longévité sur les bois durs, les plastiques rigides et les métaux non ferreux, tout en limitant les risques de casse. Pour les matériaux très abrasifs comme le carrelage, la fibre de ciment ou certains panneaux composites, on se tourne vers des lames au carbure de tungstène. Ici, la denture est remplacée par une arête recouverte de grains de carbure, à la manière d’un papier de verre très agressif : la coupe se fait par abrasion et non par sciage traditionnel.
Longueur de lame et profondeur de coupe : choisir selon l’épaisseur du matériau
La longueur utile d’une lame de scie sauteuse détermine directement l’épaisseur maximale de matériau que vous pouvez couper en toute sécurité. Les longueurs standard se situent entre 60 et 180 mm. Pour un panneau de bois de 18 mm ou une tôle de 2 mm, une lame de 75 mm suffit largement. En revanche, pour des solives de 80 mm, un plan de travail massif ou des panneaux d’isolation épais, il est indispensable de passer sur des lames de 110 à 130 mm, voire plus. On considère généralement qu’il faut disposer d’au moins 20 à 30 mm de lame dépassant sous la pièce pour assurer une évacuation correcte des copeaux.
Attention toutefois : plus une lame est longue, plus elle a tendance à fléchir, surtout dans des matériaux denses comme le chêne ou l’acier. C’est un peu comme une règle en plastique que l’on fait dépasser du bord d’une table : plus elle dépasse, plus elle se courbe. Pour limiter ce phénomène, optez pour la lame la plus courte possible par rapport à l’épaisseur à couper et laissez la scie travailler sans forcer exagérément sur l’avancement. Sur des coupes très profondes, privilégiez également des lames plus épaisses et plus larges, mieux à même de rester perpendiculaires au plan de coupe.
Lames pour le travail du bois : essences tendres, dures et panneaux dérivés
Le bois reste le terrain de jeu favori de la scie sauteuse. Du simple tasseau en sapin à un plan de travail en chêne massif, en passant par le mélaminé ou le contreplaqué, chaque essence et chaque panneau réclament une lame de scie sauteuse adaptée. Utiliser une seule lame « universelle » pour tout découper, c’est comme vouloir faire de la mécanique de précision avec un simple marteau : vous y arriverez peut-être, mais au prix de beaucoup d’efforts et de finitions à reprendre. En ajustant la denture, le matériau de la lame et sa largeur, vous gagnez à la fois en vitesse de coupe et en qualité de finition.
Lames HCS à denture progressive pour bois tendre et résineux
Pour les bois tendres et résineux (sapin, pin, épicéa, peuplier) ainsi que pour de nombreux panneaux de construction basiques, les lames HCS à denture progressive offrent un excellent compromis. Leur denture commence plus fine près de l’emmanchement et s’élargit vers l’extrémité, ce qui facilite l’amorçage de la coupe tout en permettant une évacuation généreuse des copeaux au fur et à mesure de la progression. Ces lames affichent généralement une valeur de 6 à 10 TPI, idéale pour des coupes rapides dans des épaisseurs de 20 à 80 mm.
Vous intervenez souvent sur des chevrons, bastaings ou planches de coffrage ? Une lame HCS large, avec un pas de denture important, vous permettra d’avancer vite tout en conservant une bonne rectitude. Pour des travaux plus fins comme le découpage d’étagères ou de lambris, vous pouvez au contraire privilégier une denture un peu plus serrée, autour de 10 TPI, afin de limiter les éclats en surface. Dans tous les cas, adaptez la vitesse de votre scie sauteuse : plus le bois est tendre, plus vous pouvez monter en régime sans risquer de brûler la coupe.
Coupe de chêne, hêtre et bois exotiques : lames à denture fine et affûtage rectifié
Les bois durs comme le chêne, le hêtre, le frêne ou les essences exotiques (ipé, teck, merbau) sollicitent fortement la lame de scie sauteuse. Leur densité élevée exige des dents plus robustes et un affûtage particulièrement soigné. On s’oriente alors vers des lames à denture fine, entre 10 et 18 TPI, avec des dents affûtées rectifiées (ground teeth) plutôt que simplement estampées. Ce type d’affûtage offre une arête de coupe plus tranchante, à la manière d’un ciseau parfaitement aiguisé, ce qui réduit les efforts et améliore la propreté de la coupe.
Pour ces matériaux denses, privilégiez des lames BIM ou HCS de qualité supérieure, capables de résister à la chaleur et à l’usure. Réduisez également la vitesse de coupe pour éviter l’échauffement et, si nécessaire, faites une pause régulière ou lubrifiez légèrement la ligne de coupe. Vous devez réaliser des coupes apparentes sur un meuble ou un escalier en bois dur ? N’hésitez pas à faire un premier trait en laissant 1 ou 2 mm de marge, puis à réaliser une seconde passe plus précise avec une lame de finition à denture très fine pour un bord parfaitement net.
Panneaux agglomérés, MDF et contreplaqué : lames anti-éclats à coupe inversée
Les panneaux agglomérés, MDF et contreplaqués présentent une structure composite qui a tendance à s’effriter au passage de la lame. Sur un plan de travail mélaminé ou un panneau décoratif, les éclats sur la face visible sont particulièrement disgracieux. Pour limiter ce phénomène, vous pouvez soit retourner votre panneau pour couper depuis le côté non apparent, soit utiliser des lames dites « anti-éclats » à coupe inversée. Sur ces lames, les dents sont orientées vers le bas : c’est lors du mouvement descendant que le bois est tranché, ce qui réduit considérablement l’arrachement de fibres sur la face supérieure.
Ces lames à coupe inversée affichent généralement une denture moyenne à fine, entre 8 et 12 TPI, adaptée aux épaisseurs de 15 à 40 mm. Elles sont particulièrement recommandées pour les panneaux mélaminés et stratifiés dont la surface est très dure et cassante. Pour maximiser le résultat, vous pouvez aussi appliquer un ruban adhésif de masquage le long de la ligne de coupe, ce qui maintient les fibres en place au moment du sciage. Enfin, désactivez le mouvement pendulaire de votre scie sauteuse pour une action de coupe plus douce et plus contrôlée.
Lames spéciales pour stratifié et revêtements mélaminés
Les parquets stratifiés, panneaux mélaminés haut de gamme et revêtements décoratifs exigent des lames de scie sauteuse encore plus spécialisées. Leur surface dure et fragile se comporte un peu comme une fine couche de verre : au moindre choc mal maîtrisé, des éclats apparaissent. Pour éviter ce désagrément, les fabricants proposent des lames « spécial stratifié » dotées d’une denture ultra fine (jusqu’à 18 TPI ou plus), souvent à dents alternées très affûtées. Certaines bénéficient même d’une micro-denture ou d’inserts carbure pour résister à l’abrasion des résines mélaminées.
Sur ces matériaux, mieux vaut accepter d’avancer lentement pour privilégier la qualité de finition. Réglez votre scie sauteuse sur une vitesse moyenne, désactivez le pendulaire et guidez la machine avec une semelle bien plaquée sur le matériau. Vous travaillez sur un parquet déjà posé ? Optez pour une lame à faible largeur, permettant de suivre les découpes en bord de mur ou autour des obstacles, et travaillez toujours avec une bonne aspiration pour évacuer les poussières abrasives qui peuvent rapidement user la denture.
Lames métalliques : acier, aluminium et métaux non-ferreux
Dès que l’on aborde la découpe des métaux avec une scie sauteuse, la sélection de la lame devient cruciale. Une lame bois utilisée sur de l’acier s’émoussera en quelques secondes, comme un couteau à beurre tenté de trancher une barre de fer. Les lames pour métaux se distinguent par une denture très fine, une géométrie spécifique et des matériaux de fabrication étudiés pour résister à la chaleur. En adaptant soigneusement le TPI, la longueur utile et la qualité du bi-métal, vous pouvez découper aussi bien de fines tôles que des profilés plus épais en acier ou en aluminium.
Lames BIM et HSS pour tôles d’acier jusqu’à 10 mm d’épaisseur
Pour les tôles d’acier, les profilés standards et les petites cornières, les lames HSS et surtout BIM s’imposent. Leur denture fine, entre 18 et 24 TPI, permet de maintenir en permanence plusieurs dents au contact de la matière, condition indispensable pour une coupe régulière. Sur une tôle de 2 mm, on visera plutôt 21 à 24 TPI ; sur des épaisseurs proches de 8 à 10 mm, une lame de 14 à 18 TPI sera plus adaptée. Souvenez-vous de la règle : plus le matériau est dur, plus la vitesse de coupe doit être faible.
Réglez donc votre scie sauteuse sur une vitesse basse à moyenne, autour de 1000 à 1500 courses/minute, et désactivez le mouvement pendulaire pour éviter les à-coups. L’utilisation d’un lubrifiant de coupe ou, à défaut, d’un peu d’huile ou d’eau savonneuse sur la ligne de coupe permet de limiter l’échauffement et de prolonger la durée de vie de la lame. Sur des coupes longues ou répétitives, laissez régulièrement la lame refroidir : une lame surchauffée bleuit, perd sa trempe et s’émousse rapidement.
Coupe de l’aluminium et alliages légers : denture spécifique et lubrification
L’aluminium, le laiton et les autres métaux non ferreux se travaillent différemment de l’acier. Plus tendres, ils ont tendance à « gommer » et à coller entre les dents si celles-ci ne sont pas correctement espacées. On privilégie ici des lames de scie sauteuse métal avec une denture légèrement plus grossière, autour de 10 à 18 TPI selon l’épaisseur, et un profil de denture conçu pour évacuer rapidement les copeaux. Certains fabricants proposent même des lames marquées « Alu » ou « Non Ferrous » spécifiquement optimisées pour ces matériaux.
Pour éviter que l’aluminium ne fonde et n’encrasse la lame, réduisez la vitesse et utilisez un lubrifiant adapté, de type huile de coupe légère ou spray spécifique. Vous devez découper un profilé aluminium de grande longueur, comme un rail de placo ou une baguette de finition ? Bloquez soigneusement la pièce, guidez la scie avec une semelle bien stable et laissez la lame faire le travail sans exercer une pression excessive. Une pression trop forte augmente la température et accélère l’usure de la denture.
Tubes et profilés métalliques : lames à angle d’attaque réduit
La découpe des tubes, cornières et profilés métalliques présente une difficulté supplémentaire : la section n’est pas pleine, mais souvent creuse ou en forme de U. Lors de l’attaque de la pièce puis de la sortie de la lame, le risque de vibration, de coincement et d’arrachement est plus élevé. Pour limiter ces effets, optez pour des lames de scie sauteuse métal à angle d’attaque réduit, parfois appelées lames « spécial profilés ». Leur géométrie de dents plus neutre assure une entrée en matière progressive et une meilleure maîtrise lors de la sortie de la lame de la paroi opposée.
Dans la mesure du possible, positionnez le tube ou le profilé de façon à ce que la lame travaille toujours au contact d’au moins deux parois successives, et non juste sur un bord très fin. Vous pouvez par exemple garnir l’intérieur d’un tube avec un morceau de bois pour soutenir la coupe. Sur ces opérations, conservez une vitesse modérée, désactivez le pendulaire et maintenez fermement la pièce avec des serre-joints pour éviter les vibrations qui pourraient endommager aussi bien la lame que la scie sauteuse.
Lames spécialisées pour matériaux composites et construction
Au-delà du bois et du métal, la scie sauteuse intervient de plus en plus sur des matériaux de construction variés : carrelage, plaques de plâtre, panneaux de fibres-ciment, plastiques renforcés, isolants… Chacun de ces matériaux réagit différemment à la coupe. Une lame inadaptée peut non seulement s’user en quelques centimètres, mais aussi fissurer ou éclater le matériau. En choisissant des lames spécialisées – souvent au carbure ou avec des dentures spécifiques – vous adaptez votre scie sauteuse aux exigences de ces supports techniques.
Lames au carbure pour carrelage, céramique et matériaux abrasifs
Les lames de scie sauteuse pour carrelage et céramique se reconnaissent immédiatement : elles ne possèdent pas de dents classiques, mais une arête continue recouverte de grains de carbure de tungstène. La coupe se fait par abrasion, un peu comme avec une lime très agressive. Ces lames sont particulièrement adaptées pour des découpes ponctuelles dans du grès cérame, des carreaux de faïence ou du verre épais, là où une disqueuse serait trop encombrante ou trop agressive. En revanche, la vitesse d’avance reste relativement lente : il faut laisser le temps aux grains carbure de « grignoter » la matière.
Pour limiter les risques de fissure, travaillez toujours avec une vitesse faible et, si possible, humidifiez la zone de coupe. L’eau permet à la fois de refroidir la lame et de réduire la poussière, très abrasive pour les organes de la scie. Pensez à bien protéger votre scie sauteuse des projections et évitez les immersions complètes : contrairement à un coupe-carrelage professionnel à eau, l’outil n’est pas conçu pour fonctionner en milieu totalement humide. Ces lames au carbure conviennent également pour les panneaux de fibres-ciment et certains matériaux très abrasifs utilisés en façade.
Plaques de plâtre et placo : lames à denture grossière et évacuation rapide
Les plaques de plâtre (type BA13 et dérivés) se découpent traditionnellement au cutter, mais la scie sauteuse rend de fiers services pour les ouvertures circulaires ou les découpes complexes autour des gaines et boîtiers. On utilisera alors des lames spécifiques pour Placo, dotées d’une denture très grossière et largement espacée. Leur mission principale n’est pas de donner une coupe parfaite, mais d’évacuer rapidement la poussière de plâtre tout en avançant vite dans un matériau tendre mais très poudreux.
Ces lames présentent souvent un profil renforcé pour supporter les mouvements brusques et les coupes plongeantes dans les cloisons. N’hésitez pas à retirer le pendulaire ou à le laisser au minimum si vous constatez trop de vibrations. La poussière de plâtre étant très fine, travaillez impérativement avec un masque, des lunettes et, si possible, une aspiration raccordée à votre scie sauteuse. Une lame encrassée de plâtre perd en efficacité : un simple brossage régulier permet de conserver une denture dégagée.
Plastiques, PVC et plexiglas : vitesse de coupe et prévention de la fusion
Le plastique recouvre une grande variété de matériaux : PVC de plomberie, polycarbonate, plexiglas, panneaux composites, etc. Leur point commun ? Ils fondent relativement vite sous l’effet de la chaleur. Une vitesse trop élevée ou une denture inadaptée peut provoquer la fusion des copeaux, qui viennent se ressouder derrière la lame. Pour éviter ce phénomène, choisissez une lame spécifique plastiques avec une denture moyenne, souvent en HCS ou BIM, et privilégiez une vitesse de coupe modérée, autour de la moitié de la vitesse maximale de votre scie sauteuse.
Sur du plexiglas ou des plastiques transparents, une denture fine (14 à 18 TPI) permet d’obtenir une arête nette, sans fissures ni cassures. Désactivez le mouvement pendulaire et laissez la lame travailler sans forcer : plus vous appuyez, plus vous générez de friction et donc de chaleur. Certains bricoleurs n’hésitent pas à refroidir légèrement la zone de coupe avec de l’air comprimé ou un léger filet d’eau, en prenant garde à ne pas diriger l’humidité vers le moteur de la scie. Là encore, faites des essais sur une chute pour trouver le bon couple vitesse/denture avant de vous lancer sur la pièce définitive.
Critères de sélection selon le type de coupe recherché
Le matériau n’est pas le seul critère à prendre en compte pour choisir une lame de scie sauteuse. Le type de coupe souhaité – droite, plongeante, en courbe serrée ou affleurante – influence aussi fortement la géométrie de la lame à privilégier. Comme pour des pneus de voiture adaptés à la ville, à l’autoroute ou au tout-terrain, une lame optimisée pour la rectitude ne sera pas forcément à l’aise dans les virages serrés. En réfléchissant à la forme de vos découpes avant de sélectionner vos lames, vous éviterez bien des frustrations sur le chantier.
Coupe droite de précision versus coupe plongeante : géométrie adaptée
Pour des coupes droites de grande longueur – par exemple pour tronçonner un plan de travail, découper des lames de terrasse ou recouper des panneaux – privilégiez des lames larges et épaisses. Leur rigidité limite la déviation et assure un meilleur guidage sur toute la hauteur de la pièce. Associées à un guide parallèle ou à une règle de maçon, ces lames transforment votre scie sauteuse en outil de coupe rectiligne très précis. Une denture moyenne à grossière sera choisie selon que vous privilégiez la vitesse (chantier) ou la finition (ameublement).
La coupe plongeante, comme l’ouverture d’un trou d’évier dans un plan de travail ou d’une trappe dans un plancher, nécessite une géométrie légèrement différente. On se tournera vers des lames à pointe aminci, avec une première dent affûtée comme un burin, capables de pénétrer progressivement dans le matériau sans pré-perçage. Ces lames combinent souvent une rigidité suffisante pour rester dans l’axe malgré l’entrée en matière inclinée. Dans tous les cas, maintenez fermement la scie sauteuse, démarrez lentement et redressez progressivement la semelle jusqu’à obtenir une coupe perpendiculaire.
Courbes serrées et découpes circulaires : lames étroites à profil effilé
Les découpes en courbes serrées, motifs décoratifs ou arrondis d’évier exigent des lames beaucoup plus maniables. Une lame large se comportera ici comme un bus dans une ruelle étroite : elle aura du mal à tourner sans forcer. Privilégiez des lames étroites, à profil effilé, souvent désignées comme « lames de chantournage ». Leur faible largeur latérale autorise des rayons de courbure serrés sans torsion excessive de la lame. La denture sera choisie en fonction du matériau : moyen à grossier pour le bois tendre, plus fine pour les panneaux stratifiés ou les plastiques fragiles.
Pour exploiter pleinement ces lames de chantournage, désactivez le mouvement pendulaire et adoptez une vitesse médiane qui vous laisse le temps d’anticiper les virages. N’hésitez pas à effectuer plusieurs passes en élargissant progressivement la courbe plutôt que d’essayer de « tourner » trop brutalement : c’est souvent en voulant forcer la courbure que la lame se tord ou dérive. Sur des formes très complexes, percez des trous de dégagement aux changements de direction les plus marqués afin de pouvoir réorienter la lame sans la contraindre.
Coupe affleurante rase : lames flexibles bi-métal sans dents sur la partie supérieure
La coupe affleurante consiste à couper au ras d’un support, par exemple pour tronçonner des tiges filetées qui dépassent d’une platine, des vis, des tuyaux PVC ou des montants métalliques contre un mur. Dans ce type de configuration, une lame standard risquerait d’endommager le support avec ses dents supérieures. Il existe pour cela des lames de scie sauteuse affleurantes, souvent en bi-métal, présentant une zone sans denture sur la partie supérieure de la lame. Cette zone lisse glisse contre le support sans le rayer tandis que la partie dentée effectue la coupe au plus près.
Ces lames sont également plus flexibles, ce qui leur permet de se cintrer légèrement pour suivre le plan du support. Utilisez-les de préférence à vitesse modérée, sans mouvement pendulaire, en veillant à plaquer fermement la semelle de la scie contre le support pour éviter les vibrations. Vous travaillez sur des fixations en acier traité ou des vis très dures ? Orientez-vous vers des lames affleurantes au carbure ou BIM renforcé, capables de résister à ces matériaux très exigeants sans perdre leurs dents au premier contact.
Marques de référence et codes de classification des lames
La plupart des grands fabricants de scies sauteuses – Bosch, Makita, Festool, Dewalt, Mafell, Fein, entre autres – proposent leurs propres gammes de lames, souvent compatibles entre elles dès lors que l’emmanchement est standard. Chaque marque utilise toutefois des codes de classification qui peuvent sembler opaques au premier abord : suite de lettres et de chiffres (T101B, S75/2,8, HS 75/3 BI/5, etc.), couleurs d’emmanchement, pictogrammes de matériaux. Une fois décryptés, ces codes deviennent de précieux alliés pour choisir rapidement la bonne lame de scie sauteuse pour chaque matériau.
Chez Bosch, par exemple, le préfixe T indique une queue en T, suivi de chiffres qui décrivent la longueur et le type d’usage (coupes fines, rapides, courbes…), puis d’une ou plusieurs lettres précisant la finesse de la denture (B pour « Basic », F pour « Fine », X pour « extra », etc.). Festool utilise des références de type S 75/2,5 où 75 désigne la longueur utile et 2,5 le pas de denture en millimètres. Fein a opté pour un code couleur sur l’emmanchement : gris/bleu pour le métal, vert pour le bois, noir pour les matériaux spéciaux. Une fois que vous avez repéré ces logiques, vous gagnez un temps précieux lors de vos achats comme sur chantier.
Vous vous sentez perdu devant le rayon des lames de scie sauteuse ? Commencez par trois questions simples : quel matériau vais-je couper, quelle épaisseur, et quel type de coupe (rapide, précise, droite, courbe) je souhaite obtenir. Munissez-vous ensuite des codes de base – TPI, longueur, matériau HCS/HSS/BIM/HM – et vérifiez la compatibilité de l’emmanchement avec votre scie sauteuse. En quelques minutes, vous serez capable de sélectionner la lame idéale, celle qui vous permettra de travailler plus vite, plus proprement et en toute sécurité, quel que soit le matériau que vous avez devant vous.







